jeudi 29 novembre 2012

Un jour à Londres - TWE Whisky Show



Partir à l'étranger pour assister à un événement autour du whisky est une expérience enrichissante. Humainement et culturellement. Cela permet de s'adonner aux joies de la gastronomie et de la vie locale tout en faisant de nouvelles rencontres, le tout en essayant de pratiquer pour le mieux la langue du pays si on en connaît au moins les bases. Mais, cela implique également un budget, parfois conséquent. Quand j'ai entendu parler de The Whisky Exchange Whisky Show, l'année dernière, j'étais vraiment emballé et avait hâte d'en savoir plus. Londres n'est finalement pas si loin que ça de Paris et l'idée d'un week-end à quelques pas du Tate Modern et du Shakespeare Globe, passé à siroter la crème des singles malts, n'était pas pour me déplaire. Malheureusement, le prix du pass week-end*, ajouté à celui des nuits d'hôtels, de l'aller-retour en Eurostar et des frais divers sur place, dépassait largement mon budget whisky de l'époque.

Cette année, The Whisky Exchange à décidé, à l'instar du Whisky Live Paris, d'ajouter une journée réservée aux professionnels, à laquelle, en tant que blogger, je me suis retrouvé invité. L'occasion rêvée pour aller à la rencontre des distilleries et embouteilleurs indépendants absents du Whisky Live à moindre frais en faisant l'aller-retour dans la journée et de découvrir les dernières nouveautés (et pas des moindres comme vous allez le constater).

Les gratte-ciels se perdent dans les nuages.


Lundi 8 octobre, 8h00 du matin, je suis donc à la Gare du Nord pour prendre l'Eurostar à destination de Londres Saint Pancras. Arrivée prévue à 10h40, heure locale. Je profite du trajet pour rédiger une partie des articles que vous avez pu lire ces dernières semaines. Après un arrêt imprévu à Lille pour cause de problème technique, nous arrivons à Londres avec 50 minutes de retard (pas assez pour se faire rembourser le voyage).
Étant un adepte du "découvrir une ville à pieds, c'est plus agréable qu'en métro", je décide de me rendre au Whisky Show en marchant… sous une pluie fine mais persistante. Même pas peur ! De la rigolade par rapport à ce qui tombait à Dufftown lors de ma visite de la distillerie The Balvenie en avril dernier. Mon blouson de cuir et la capuche de mon sweat-shirt me protégeront bien jusque là.

L'entrée du TWE Whisky Show


Une bonne heure plus tard, alors que le sommet des plus haut buildings de Londres se perdent dans les nuages et que je suis trempé du haut des cuisses aux pieds, j'arrive enfin dans ce lieu au charme indéniable et à l'atmosphère chaleureuse. Les salles voutées ne sont pas sur-dimensionnées, on y circule et y respire convenablement et la température y est idéale pour la dégustation.

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Pour me réchauffer et parce qu'il faut bien commencer quelque part, je me rend sur le stand Glenglassaugh pour y prendre des nouvelles de mon fût et goûter aux nouveautés. J'y retrouve Ronnie Routledge qui est accompagné de Susan Colville. Quelque gouttes de Revival pour se faire le palais et j'enchaîne directement avec les nouveautés. Tout d'abord, le petit frère du Revival : Evolution, un jeune single malt de 3 ans provenant d'ex-fûts de bourbon du Tennessee et mis en bouteille au degré naturel de 57,2 %. On y retrouve des notes de vanille, de beurre et un petit côté shortbreads pour un whisky jeune et puissant, mais très agréable.
Glenglassaugh ayant été fermée entre 1986 et 2008, ses whiskies sont soit très jeunes, soit très vieux. Je passe donc d'un 3 ans d'âge à un 33 ans d'âge "Madeira Style" issu de la toute nouvelle série The Massandra Connection. Une petite merveille de douceur qui évolue même en bouche, avec ces notes de cire d'abeille dont je raffole et une légère amertume vineuse en finale. Puis, c'est le tour d'un 39 ans "Aleatico Finish" aux notes d'agrumes (sans l'amertume). Je me réserve le 36 ans en carafe de cristal pour plus tard…

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Après une longue conversation avec Ronnie et Susan, je me rends sur le stand Adelphi sur lequel je rencontre pour la première fois Antonia Bruce avec qui je suis en contact depuis pratiquement un an par e-mail ou téléphone interposé et qui parle un français parfait. Son frère, Alex étant très pris par l'avancement des travaux de la future distillerie Ardnamurchan, elle s'occupe seule de son stand. En guise de mise en bouche, je goûte leur blend maison (Private Stock) qui ne me convainc pas plus que ça, mais il est vrai que c'est rarement le cas avec les blends. Je passe donc au Liddesdale 18 ans, en fait, un Bunnahabhain comme je les aime, marqué par le sherry avec un soupçon de cire (une bouteille ne devrait pas tarder à atterir dans mon bar. Puis c'est au tour d'un Springbank 16 ans, à la tourbe discrète. À noter, le premier Macallan que je trouve "pas mal" et que je pourrais, éventuellement, m'offrir est ce 14 ans. Ensuite, place à un excellent Longmorn 20 ans que j'aimerais bien comparer avec celui de Master of Malt dont j'ai une bouteille à la maison. Et, enfin, Antonia sort de sous le comptoir une bouteille qu'elle réserve aux "clients spéciaux" : un Lochside 1965 de 47 ans. Le petit frère du 46 ans de l'année dernière, à savoir un single blend (whisky de grain et whisky de malt provenant de la même distillerie mélangés dans un fût et laissé là pendant 47 ans). Une pure merveille boisée, marquée par le xérès, les fruits secs et les fruits confits saupoudrés de noix de coco (qui finit par disparaître avec le temps) et qui ne cesse d'évoluer dans le verre et en bouche. Le genre de digestif qu'on aimerait siroter pendant de longues heures. Noël approchant, Père Noël, si tu lis cet article, n'oublies pas mon petit soulier ;-)

Un choix toujours marqué par la qualité - Adelphi


À l'étage, après avoir passé l'espace dédié aux accords mets et whisky, puis une zone dans laquelle sont assis une douzaine de personnes assistant à une mini masterclass animée par John Glaser de Compass Box, je me rends sur le stand The Balvenie pour découvrir les tout nouveaux 14 ans Caribbean Cask et 17 ans DoubleWood. Ici, un tonnelier fait une démonstration (bruyante) d'assemblage de fût. Le Caribbean Cask (un embouteillage exclusif au Royaume Uni) est un Balvenie très classique marqué par la vanille et le miel avec des notes de bonbons en gelée. Malheureusement, le 17 ans Double Wood, qui rejoint la gamme permanente de la distillerie de Dufftown et dont tout le monde parle, n'est pas encore prêt et ne pourra pas être dégusté avant quelques semaines. À la place, on me propose de goûter au Liberated Cask, un single cask "très vieux", comme l'indique l'étiquette, choisi par Dr Andrew Forrester (ambassadeur Balvenie UK) pour l'occasion, et qui ne sera jamais embouteillé, ni mis en vente, à mon grand désespoir. L'un des meilleurs whiskies qu'il m'a été donné de goûter à ce jour.

Une pure merveille éphémère.


Direction le stand Diageo qui propose à la dégustation les Éditions Spéciales 2012. Enfin… celles dont les bouteilles n'ont pas encore été vidées. Je ne pourrais donc malheureusement pas tester le Talisker 35 ans ni l'Auchroisk 30 ans. Je commence par les deux nouveaux Lagavulin : le 12 ans à la tourbe plus "fermière" que "marine" et le 21 ans qui se rapproche plus du 16 ans que je connais bien pour en avoir constamment une bouteille à la maison, mais avec plus de force et de complexité. Puis c'est le tour du Brora 35 ans. Riche en fruits (exotiques, agrumes), de légères notes de cire et de tourbe, il est complexe et difficilement descriptible en quelques minutes. C'est un whisky avec lequel on doit prendre son temps, le laisser s'aérer, évoluer sur la longueur en évitant si possible d'y ajouter de l'eau (ou bien pas plus d'une ou deux gouttes). Enfin, faute de Caol Ila 14 ans unpeated, on me propose le Port Ellen 32 ans (tout amateur de single malt qui se respecte ne saurait refuser un tel privilège). C'est un whisky formidable, riche, gourmand, presque sucré, avec des notes de tourbe, bien sûr, mais aussi de caramel et de réglisse. Excellent, mais à £ 600 la bouteille (879 € à La Maison Du Whisky), cette année, il ne sera pas pour moi.

L'une des stars du stand Diageo.

L'autre star du stand Diageo.


Dans cette partie du salon, un stand attire mon attention, celui de Kavalan, un whisky Taïwanais dont on dit le plus grand bien et qui, à l'heure où j'écris ces lignes, vient tout juste d'être distribué en France. Personne derrière le stand. Je n'ose pas me servir… dommage, ce sera pour une prochaine fois.

Kavalan, maintenant disponible en France.


Place à la découverte, maintenant, avec la distillerie Glengoyne dont je ne connais pas vraiment la gamme. Après un honête 12 ans, rond et doux, je déguste le 18 ans qui est similaire au 12 ans, mais avec un peu plus de tout : plus de maturité, plus de punch, plus de vanille, plus de notes de bonbons (ou de barbe à papa) et plus de longueur en bouche.Sympa comme tout. Une fois de plus, c'est le Cask Strength (58,7 %) qui me fait craquer avec ses arômes encore plus présents aussi bien au nez qu'en bouche. Il est, aussi, plus chaleureux que les précédents.

Nouveau design pour la gamme Glengoyne.


Suite à la dégustation Twitter de la semaine précédente, je décide d'aller rendre une petite visite aux membres de la Scotch Malt Whisky Society qui tiennent un des stands les plus impressionnants en terme de nombre de bouteilles. Là, je ne goûte qu'un seul whisky, mais quel whisky ! Le 35.60 Dream Catcher Dram. Ce single cask distillé en octobre 1971 et mise en bouteille à 39 ans d'âge, provient de la distillerie Glen Moray, située non loin d'Elgin, dans le Speyside. Il est léger, tout en rondeur et marqué par des arômes de crème à la vanille et de cire (je craque, à chaque fois, sur la cire des vieux malts !). Un vrai bonheur.

Impressionnant étalage de single casks. SMWS


Je rejoins ensuite le stand Gordon & MacPhail car j'y ai vu, en passant un peu plus tôt, un vieux Strathisla et cela fait quelques temps que j'espère pouvoir en déguster. C'est donc mon tout premier Strathisla. Distillé en 1970 (je venais de fêter mon premier anniversaire), c'est un montre de xérès, de couleur rouge sombre, marqué par des notes de noix de coco, de cire (encore !) avec une finale sur le vieux bois (mais tout en légèreté). Un vrai plaisir de fin de soirée d'hiver au coin du feu.

Une merveille pour les amateurs de whisky très marqué par le xérès.


Avant de repartir dans l'humidité Londonienne, je passe saluer Ronnie qui m'avait réservé une petite dose de Glenglassaugh 36 ans issu d'un fût de xérès de second remplissage. Du vieux Glenglassaugh pur jus comme je les aime, pour une fin de journée mémorable.

Le dernier verre marquant de la journée.


En pleine discussion avec Ronnie et Susan (qui me propose de finir avec elle les quelques millilitres du "dream dram" du stand d'à côté – un AnCnoc de 35 ans, excellent, même si, à ce moment de la journée, mon palais n'est plus très frais), un vigile me fait comprendre qu'il est grand temps de quitter les lieux.

Le retour vers la gare de Saint Pancras se fera sous un ciel beaucoup plus clément qu'à mon arrivée. De quoi prendre quelques photos souvenirs supplémentaires.

L'expérience est concluante. J'essayerai donc, l'année prochaine, d'y passer le week-end entier.

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